Le Fils du Pêcheur Sacha Sperling
1 janvier 2014


Ces romans explorent les jours d’après.

Rupture. Résilience. Renouveau. Les auteurs de la rentrée littéraire 2021 des éditions Robert Laffont racontent tour à tour le monde étrange, sombre et néanmoins lumineux, dans lequel nous évoluons. Cette rentrée, portée par des voix hétéroclites, est une invitation ardente à marcher vers ce qui nous rend vivants et à deviner la lumière en tout.
Pour Jean Fournier, le narrateur d’Une certaine raison de vivre de Philippe Torreton, la bascule, c’est la Grande Guerre. Elle échoue à le tuer, le recrache indemne en apparence, mais broyé de l’intérieur. Sacha, c’est la fin de son amour avec Mona qui le déracine. Puis le début d’un autre, foudroyant, avec Le Fils du pêcheur, Léo et son rire perçant une nuit d’insomnie, auquel le narrateur s’accroche en espérant se réinventer. Marcel Bascoulard, paysan berrichon né en 1913, dessinateur génial, personnage réel mais méconnu, dont Nicolas Diat signe les mémoires romancés, a choisi la marginalité, préférant le destin de clochard céleste à celui d’homme de son époque. Le narrateur de Châteaux de sable, lui, se voit tel un fantôme qui ne sert plus à grand-chose : bien qu’il descende de la vieille noblesse d’épée, son nom de famille paraît être le vestige désuet d’un passé glorieux. Quant à l’inspecteur Sadorski, il mène l’enquête en 1944, lorsque les rôles de collabo et de résistant deviennent interchangeables ; les contours se troublent…
En littérature étrangère, Nina Wähä, jeune autrice suédoise, livre le portrait incisif et grinçant d’une famille dysfonctionnelle de douze enfants, dont chaque membre ploie sous l’emprise d’un père tyrannique.
Et puis, sous le tout nouveau label « L’Incendie », destiné à publier des textes abrasifs d’auteurs venus d’horizons divers, Antoine Dole et Jean-Charles Chapuzet dépeignent les feux intérieurs qui dévorent leurs protagonistes, du tréfonds de leur intimité jusqu’aux confins de la Hongrie. Preuve s’il en est que la littérature tente, encore et toujours, de révéler des destins singuliers, de mettre au jour des tourments invisibles et d’apaiser les maux.

Peu importe qu’ils habitent le siècle dernier, ou le nôtre, les personnages de cette rentrée sont nos contemporains par leur errance. Et ces trajectoires, divergentes, se déroulent à partir d’une incertitude commune : elles questionnent notre place dans un monde transformé, soudain opaque. Des histoires disparates, une même quête cependant : comment reprendre pied dans une réalité mouvante où les repères se dérobent et l’horizon ondule ?
Présentation de la rentrée littéraire
Éditions Robert Laffont 2021